“Tout a commencé aux Champs-Elysées.” Ainsi débute la conclusion du tome 2 de “Histoire de la chanson Française” par Claude Duneton et Emmanuelle Bigot. Avec un style truculent, Les deux auteurs nous content la fin de la chanson libre, la naissance du droit d’auteur et en conséquence celle de la Sacem.
![]()
En 1850, sur l’ancêtre de la plus belle avenue du monde, pullulaient les cafés où venait se produire les chanteurs ambulants pendant que les consommateurs buvaient à la terrasse. Devant le succès remporté par les différents spectacles proposés, le café des Ambassadeurs, situé près de l’actuel place de la concorde, décida de mettre en place une estrade où pouvaient se produire les chanteurs accompagnés de leurs musiciens. Mais, ce qui est à l’origine du grand bouleversement de la chanson française n’est une simple estrade mais surtout le fait que pour la première fois, un café payait des chanteurs pour chanter. En contrepartie, le café avait institué vis à vis de ses consommateurs, l’obligation de renouveler leurs consommation à l’entracte du spectacle, ce que refusèrent de faire Messieurs Henrion, Parizot et Bourget. Pour la suite, je passe le témoin au stylo de Claude Duneton qui le raconte beaucoup mieux que je ne pourrais le faire:
“Ces trois messieurs viennent en effet d’entendre chanter sur la scène en plein air plusieurs de leurs propres créations – tout spécialement Bourget, semble-il – et ils refusent de payer l’aubergiste pour entendre leurs chansons. Le détail de la conversation – des cris, des vitupérations, bref un scandale – n’a pas été rapporté, mais le sens général était celui-ci: «Il faut bien que je paie mes artistes! » aurait argué le patron. Sur quoi les trois hommes auraient demandé qui payait les auteurs? «Ça ne me regarde pas! » répondit l’inventeur du café-concert, qui trouvait ces clients acariâtres et odieusement prétentieux! Bref, de cet éclat naquit la lumière, car Ernest Bourget, soutenu par son éditeur, Jules Colombier, décida de porter la chose devant les tribunaux: le café des Ambassadeurs, payant les chanteurs, lui devait de l’argent à lui!… Lors du procès, le tribunal de commerce de la Seine donna raison à Bourget…”
“Fort de cette sentence, Ernest Bourget et ses deux compagnons créèrent le 28 février 1851, par acte notarié de Maitre Halphen, notaire à Paris, une “agence centrale pour la perception des droits d’auteurs et compositeurs de musique” – laquelle se transforma bientôt en une Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, la fameuse Sacem.”
Mesdames et Messieurs, il fallait que vous le sachiez, si aujourd’hui vous téléchargez des chansons en MP3 ailleurs que sur les sites officiels et que cela est considéré comme illégal par la loi et combattu avec beaucoup de violence par la Sacem et les maisons disques, c’est presque parce que 3 gars voulaient boire sans payer dans un troquet!
Je n’ai rien personnellement contre le droit d’auteur. Il me semble normal qu’un auteur/compositeur puisse profiter des bénéfices qu’engendre sa création. Ce qui me dérange plus dans le climat actuel concernant le piratage – c’est déjà un mot d’une grande violence pour définir une activité qui ne se caractérise pas par une attaque physique – c’est le discours entretenu par les maisons de disque et par la Sacem. On vise la culpabilisation à l’extrême de l’amateur de musique, on lui dit que voler une chanson, c’est comme voler une voiture ou une petite vieille, on lui dit que le téléchargement illégal est en train de tuer la musique…
Savent-ils que la musique existait avant 1850? Savent-ils que la musique continuera à exister après les maisons de disque?
Existe-t-il une troisième voie entre le flicage complet et la dérèglementation totale? A cette question, il me semble que des sites comme Deezer ou Radio.blog.club apporte un début de réponse.
Bonus: la première saison de The IT Crowd, série d’où est tiré la vidéo du haut de cet article. L’essayer c’est l’adopter.
http://pix.nofrag.com/4/b/0/1df0b92ed946af9ceda39facc265d.html